Table ronde « Deep Packet Inspection » à l’Assemblée Nationale (à l’écoute).
- Christian Paul (Député PS), Olivier Laurelli (Reflets.info), Jean-Marc Manach (Owni.fr), Antoine Champagne « Kitetoa » (Reflets.info), Jean-Marc Salmon (Owni.fr), Olivier Tesquet (Télérama),...
Christian Paul : Merci d’abord avoir répondu à mon invitation, d’être venu à l’assemblée nationale pour évoquer ce soir un certain nombre de problèmes qui sont à mes yeux, à nos yeux je pense aussi, de graves manquements aux valeurs démocratiques et qui concernent donc, la façon dont les technologies de surveillance des réseaux numériques sont aujourd’hui produites en France, exportées hors de France et singulièrement ces dernières années dans des pays qui étaient ou qui sont encore, je pense à la Syrie en particulier, des dictatures, et la manière aussi dont probablement ces technologies sont en train d’être disséminées de différentes façons dont on parlera également sur le territoire français.
Les menaces de surveillance générale et du Net sont aujourd’hui avérées, plus que des menaces d’ailleurs, la France a vendu ces technologies en Libye, c’est aujourd’hui non contesté, y compris par l’entreprise qui les a commercialisées, des informations inquiétantes également à propos de la Syrie nous sont parvenues, c’est une autre entreprise française, et nous évoquerons également la Tunisie.
Jean-Marc Manach (Owni.fr) : Pendant trois mois on a travaillé avec Wikileaks sur des documents et des plaquettes commerciales, du mode d’emploi, qui sont donnés par ces marchands d’armes à leurs clients potentiels. On s’est aperçu à cette occasion, que des systèmes, ce genre de systèmes qui jusqu’à la fin des années 1990 étaient a priori réservés à la NSA, à la DGSE, à la DRM, des services de renseignements militaires chargés de l’espionnage des télécommunications, depuis 2001, et l’explosion des systèmes de surveillance des télécommunications, commencent à être de plus en plus vendus [...]
On savait depuis quelques années que la Chine et l’Iran notamment, avaient utilisé, avaient acheté du matériel américain, du matériel allemand pour surveiller l’Internet dans leur pays, on ne savait pas du tout jusqu’à il y a quelques mois, que la Syrie, la Libye, la Tunisie, avaient à ce point-là, un nombre de contrats importants avec des entreprises occidentales. Et ce qui est fou, c’est que quand le directeur de l’ISS, interviewé il y a quelques temps par le Wall Street Journal qui lui demande : « mais vous avez conscience que les systèmes que vous vendez peuvent éventuellement porter atteinte à l’intégrité physique voire à la vie de certains opposants politiques ? »
Et sa réponse c’est de dire : « oui mais attendez, on est dans un libre marché, c’est légal, donc à partir du moment où c’est légal, nous on vend, il n’y a rien qui nous interdit de le faire ».
Et c’est exactement la réaction qu’a eu le responsable défense Amesys, quand il a accepté de répondre à une interview de France 2, parce que pendant très longtemps Amesys a refusé de répondre aux questions des journalistes, la réponse qu’il a donnée à la journaliste de France 2 (voir vidéo) qui lui a demandé : « mais vous avez conscience que votre système pouvait, a pu servir à réprimer des défenseurs des droits de l’homme ? » La réponse qu’il a donnée c’était de dire : « oui mais c’est légal ».
Olivier Laurelli « Bluetouff » (Reflets.info) : J’ai travaillé sur ces dossiers depuis 2008-2009. On a mis un petit peu les bouchées doubles l’été dernier avec les collègues de reflets.info, suite à des informations qu’on a obtenues concernant justement les ventes de systèmes d’écoutes globales, donc là je parle du système qui a été vendu notamment à la Libye. Un système d’écoute globale, c’est-à-dire un système qui est conçu pour écouter l’ensemble des communications d’un pays et non pas, comme on l’avait lu dans le communiqué d’Amesys, une fraction des communications de la population.
Je retrace un petit peu l’historique de comment on en est arrivé à plancher sur ces dossiers, un petit peu plus récemment on a travaillé avec un groupement d’activistes qui s’appelle Telecomix qui est d’origine suédoise mais qui regroupe des gens du monde entier, sur un autre cas qui était le cas de la Syrie et d’une entreprise américaine qui s’appelle Bluecoat.
Aujourd’hui on se pose encore plus de questions que quand on a commencé à travailler sur le dossier Amesys, et on commence à appréhender un petit peu ce marché de la surveillance comme quelque chose d’assez malsain. II y a quelque-chose qu’on ne s’explique pas encore sur le cas libyen, qui était le présence de la direction du renseignement militaire pour aider au déploiement de cette technologie sur le territoire,...
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