Pourquoi cet adieu aux armes ?
L’adieu aux armes que vient de formuler ETA ce 20 octobre 2011 aurait du être formulé il y a déjà longtemps. Dans la décennie qui a suivi la mort de Franco, pour être tout à fait précis. Pourquoi ? Tout simplement parce que la démocratie bourgeoise, c’est très différent d’une dictature fasciste, même si… Parce que la population en avait marre de voir couler le sang. Parce que l’intégration de l’Espagne à l’Europe ouvrait des horizons sur des recompositions transnationales. Parce que le statut d’autonomie du pays basque a, comme en Catalogne, fait bouger les lignes… Tout cela, ETA ne l’a ni vu ni compris. Logique d’une clandestinité qui vous coupe du réel ? Logique militaire aveugle aux évolutions politiques ?
Alors pourquoi aujourd’hui ?
Pour deux raisons essentielles. La première est qu’ETA a été défait militairement. La collaboration entre l’Espagne et la France a décimé ses rangs. Traqués en Espagne et en France par des flics disposant de moyens de plus en plus sophistiqués (traces ADN, balises Argos, infiltrations, suivis par satellites…), l’organisation est aujourd’hui exsangue. Tout cela était prévisible. Sans base arrière, sans alliés, comme le FLN en Tunisie, au Maroc, sans appui militaire, il n’est pas de lutte armée viable sauf à se complaire dans une charge de cavalerie contre des tanks qui font du tir aux pigeons. La seconde est qu’ETA a été défait politiquement, en ce sens que ses sympathisants, de plus en plus de ses combattants emprisonnés et même une bonne part du peuple basque, ont décidé de s’affranchir de sa tutelle et de poursuivre le combat sous d’autres formes et d’une autre manière. C’est ainsi que, le 22 mars 2011, les nationalistes basques, toutes tendances confondues, ont récolté 61 % des voix aux élections régionales. San Sébastien et des tas de villes et villages, sont désormais aux mains de l’ex mouvance d’ETA.
Et la suite ?
Elle est mathématique. Comme l’écrit Pierre Hazan (membre du groupe international de contact) dans le journal Le Monde du 29 octobre 2011, « le processus de normalisation peut enfin commencer et conduire, à terme, à la légalisation de la formation Sortu, à la remise des armes de l’ETA et à sa dissolution ». Cela mettra sûrement un peu de temps. Mais cela se fera. Les prisonniers seront rapprochés de chez eux. Et des libérations auront lieu, avant une amnistie générale. Devant l’émergence d’une vague politique telle qu’elle s’est manifestée au pays basque espagnol et dont il est clair qu’elle va s’amplifier, l’Espagne comme la France vont se retrouvées désarmées. Plus moyen de se cacher derrière le cache sexe de la lutte antiterroriste pour affronter la revendication nationale. Le peuple basque existe. Il le démontre depuis des lustres dans la réalité de tous les jours. Et il vient de décider de se prendre en main et de se battre sur le seul terrain politique, culturel et social.
Reste à savoir ce qu’il sera fait de cet espoir. Pour l’heure le peuple basque est sorti d’une impasse.
Et les anars dans tout çà ?
Dans la lignée de notre camarade vitamine, Michel Bakounine, les anarchistes se revendiquent du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Encore heureux ! Mais c’est quoi un peuple ? Une langue, une culture, un État, une race, une volonté de vivre ensemble ? Et que signifie le droit d’un peuple à disposer de lui-même ? S’agit-il, simplement, de remplacer un patronat par un autre, une police par une autre, une armée par une autre ? Ou bien de libérer, également, le peuple, de l’intérieur, en jetant les bases d’une révolution sociale ? Et puis, comment se battre pour accéder à ce droit ? Lutte armée, culturelle, sociale, politique ? Et sur quelles bases éthiques ?
Les anarchistes se sont posés ces questions depuis toujours et continuent de se les poser. La conclusion s’impose d’elle-même. Le droit de chaque peuple à disposer de lui-même n’a de sens que s’il s’inscrit dans le droit de l’individu à disposer de lui-même, d’une révolution sociale et d’une citoyenneté du monde. Le contraire, donc, du crétinisme nationaliste !
- Jean-Marc Raynaud » Le Monde libertaire
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